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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 11:22

        Bien cher Jules,

 

       De retour de vacances, je m'empresse de vous écrire, afin de vous demander de vos nouvelles et de vous en donner des miennes. J'ai en effet bien pensé à vous ces derniers temps! Enfin... En réalité j'ai surtout pensé à votre célèbre et illustre Phileas Fogg, héros d'un fameux tour du monde en quatre-vingts jours.

 

       Faisant le bilan de mes formidables vacances presque achevées, j'ai en effet réalisé qu'en quelques semaines j'avais changé, heureuse personne que je suis, plusieurs fois de pays ; pris l'avion, le train, le bateau, la voiture, le vélo, le bus (j'ai malheureusement renoncé à la montgolfière et au dromadaire, les conditions météorologiques et les contrées visitées ne s'y prêtant pas) ; et beaucoup marché!

 

       Je me sens à présent nostalgique, la tête pleine de souvenirs, telle le pélican lassé d'un long voyage, et surtout remplie d'une admiration renouvelée pour votre invicible et flegmatique Phileas, capable dans son périple de surmonter épreuves et dangers sans conserver un seul grain de poussière accroché au revers de sa redingote, sans perdre un instant son calme légendaire (même en rossant d'importance un fâcheux), et souriant avec une bienveillante affection à son fidèle valet Passe-Partout.

 

 

       C'est très fort de sa part, et si je ne connaissais pas votre souci de la rigueur scientifique je pousserais ma foi l'insolence jusqu'à émettre une minuscule réserve en déclarant qu'une telle perfection dans les actes, une telle égalité d'humeur paraissent trop belles pour être d'un simple mortel... (Mais je cesse là mon esquisse de crtitique car je vous vois d'ici froncer les sourcils et je ne voudrais pas réduire à néant notre amitié naissante... )

 

       J'en reviens donc à mon éloge!

 

       Décidé, sûr de lui, Phileas franchit tous les obstacles et demeure, de ce fait, le modèle de tous les voyageurs.

 

       Passagers impatients dans les files d'attentes des bureaux d'enregistrement des aéroports, voyageurs bloqués dans des trains en retard et sans climatisation, touristes victimes du mal de mer sur la petite vedette à moteur vous conduisant sur l'île idyllique de vos vacances, vacanciers coincés dans les embouteillages des grands départs, considérez bien Phileas Fogg!

 

       Et prenez-en de la graine...

 

       Je me suis moi-même, cet été, au cours de mes déplacements multiples et variés, livrée à un petit exercice comparatif fort intéressant, imaginant quelle aurait pu être l'attitude du sublime Phileas dans les situations où je me trouvais. Bien sûr, vous vous imaginez bien, mon cher Jules, que cette comparaison n'a pas été à mon avantage, mais elle aura eu au moins le mérite de me faire rire...

 

       Je ne résiste donc pas au plaisir de vous faire part de quelques unes de mes réflexions, en espérant qu'elles auront l'heur de vous arracher un petit sourire ( si ce n'est pas le cas, foncez tout droit au dernier paragraphe de ma lettre où je vous adresse un hommage vibrant et où je vous fais part de ma reconnaissance, voilà qui devrait vous intéresser!).

 

       Représentez-vous pour commencer la salle d'embarquement d'un aéroport, et les passagers attendant leur vol pour un pays quelconque (l'Italie, par exemple!). Parmi eux, vous repèrerez au premier coup d'oeil Phileas Fogg : arrivé depuis quelques minutes à peine pour ne pas perdre une seconde du précieux temps qu'il veut économiser pour son tour du monde, il a choisi de mettre à profit celui-ci pour se restaurer. Assis nonchalamment à une table du restaurant, il déguste un soufflé accompagné de salade, puis un mille-feuilles, tout en buvant du thé, son chapeau haut de forme posé négligemment sur ses genoux. Pas une miette de son repas ne tombera sur le dit chapeau (et franchement, à mon avis, c'est plus dur que de terminer un tour du monde en seulement 80 jours!). Il achèvera de déjeuner à l'instant précis où l'hôtesse fera retentir le dernier appel à l'embarquement. Il se lèvera ensuite avec calme et aisance pour s'installer dans l'avion, insensible aux regards énamourés de toutes les femmes de l'assistance...

 

       Regardez à présent cet autre personnage, que nous nommerons Philomène par commodité (et par souci de vérité, soyons honnêtes!). Arrivée avec deux heures d'avance, cette jeune personne légèrement anxieuse a déjà changé six fois de siège dans la salle d'embarquement. Elle a même été au fameux restaurant où se tiendra Philéas Fogg quelques temps plus tard, afin d'y boire un rafraîchissement, baptisant copieusement de coca-cola light son pantacourt gris clair dans sa précipitation à ouvrir la bouteille malencontreusement agitée auparavant. Elle cherche à présent un moyen de dissimuler la tache, puis tente de faire abstraction en essayant de lire un ouvrage auquel elle ne parvient pas à s'intéresser, toute occupée qu'elle est à vérifier toutes les trente secondes que son vol n'est pas affiché, ou retardé, ou avancé, ou annulé, et à imaginer comment elle agirait si c'était le cas. Au moment de se lever enfin pour embarquer, elle se trompera de file et mettra quinze bonnes minutes avant de s'apercevoir qu'elle risque sous peu de se retrouver à Lisbonne et non à Rome...

 

      Observons maintenant la cabine de l'avion : à peine troublé par le décollage, Phileas dort déjà, droit comme un i. Ce petit sommeil réparateur d'une quarantaine de minutes lui permettra de tenir sans faille les 24 heures à venir (après, il doit aller au Maroc, il n'aura pas le temps de souffler!). Deux rangées derrière, Philomène se remet du décollage, car elle a cru qu'elle allait périr. Elle aimerait profiter du temps de vol pour mettre sa conscience en ordre avant l'atterrissage auquel, c'est certain, elle ne réchappera pas. Mais elle ne le peut, car elle a pour voisine une charmante vieille dame qui s'est prise de sympathie pour elle et lui raconte qu'elle va voir ses petits-enfants à Rome, lui montre des photos d'eux puis, le sujet épuisé, l'entretient amicalement de ses chats...

 

      Je pourrais vous donner de nombreux autres exemples, mon cher Jules, de la supériorité de cet homme invincible qui n'est jamais malade en bus, même dans les pires virages des petites routes de montagne ; qui ne souffre jamais de la chaleur et arrive toujours impeccablement vêtu à bon port, même après avoir marché plusieurs heures en plein soleil ; qui est toujours ponctuel, même en cas de catastrophe naturelle ; qui, même à l'étranger, en pleine nuit, dans un bus bondé, ne commettrait pas l'imprudence de voyager sans billet sous prétexte qu'il ne comprend pas l'italien et qu'il n'a, de ce fait, pas compris où le chauffeur lui disait d'acheter son titre de transport ; et, enfin, qui sait toujours où il est, d'où il vient et où il va, en véritable GPS humain...

 

      J'adresse donc un modeste et respectueux salut à ce héros, fruit de votre imagination, et par là même à votre talent, ô grand maître du roman d'aventures (c'est l'éloge que je vous annonçais au milieu de ma lettre : vous convient-il? Je voulais parler de génie et d'inspiration divine, mais j'ai craint que cela ne fasse trop ostentatoire et que cela ne vous gêne un peu...).

 

      Je vous adresse tous mes remerciements, cher Monsieur Verne, et vous souhaite une bonne fin de vacances!

 

                                                  Humblement,

 

                                                                 Philomène.

 

 

 

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commentaires

G
vous avez osé voyager sans billet chère Philomène !
je ne pensais pas celà de vous...
bon retour quand même , dans notre bonne vieille France!
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P


Oui, je n'en ai pas dormi la nuit suivante... J'ai honte!^_^!