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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 19:44
       Ami lecteur, bonjour!
 
   Parmi les nombreux romans qui garnissent ma bibliothèque, il en est un pour lequel j'ai une tendresse toute particulière... et dont je voudrais vous parler aujourd'hui. Vous connaissez maintenant mon penchant pour les romans d'Outre-Manche et vous avez pu constater que je voue à l'illustre Jane Austen une admiration sans limite. Je ne vous surprendrai donc pas en vous avouant que c'est l'un de ses chefs d'oeuvre qui fera l'objet de cette lettre.
 
   Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais j'aime bien, en lisant, pouvoir m'attacher à un personnage du roman, pour lequel je vais avoir plus de sympathie, dont le destin me préoccupera davantage que celui des autres, même s'il n'est pas le personnage principal du récit (ce qui peut, je vous l'accorde, donner lieu à des pensées inavouables : dans Mort sur le Nil d'Agatha Christie, par exemple, le destin sanglant de Lynette, Simon et Jacqueline m'a littéralement laissée de glace, tout cela parce qu'un personnage complètement insignifiant, Cornelia Robson, avait réussi à trouver l'âme soeur...J'ai honte!).
 
   Cependant, s'identifier à une héroïne de Jane Austen n'est pas chose aisée, tant elles sont, chacune à leur manière, des incarnations vivantes d'une vertu en particulier : la maîtrise de soi pour Elinor Dashwood, la passion, sans souci du regard des autres, pour sa soeur Marianne, l'abnégation héroïque pour Anne Elliot et Fanny Price, l'affection filiale pour Emma Woodhouse (même si cette dernière a quand même quelques défauts réconfortants), et l'indépendance d'esprit  pour Elizabeth Bennet.
 
   Mais, grâce au Ciel, en marge de cet impressionnant catalogue de vertus, vient la jeune Catherine Morland, héroïne de Northanger Abbey...
 
      
 
Ce livre fut, dès la première fois que je l'ai lu, tout à la fois un soulagement, une révélation et une source inépuisable de reconnaissance envers son auteure qui avait, avec son talent et son ironie coutumière, osé mettre un tel personnage à l'honneur.
 
   L'intrigue du roman est on ne peut plus simple, et semblable à toutes les autres histoires de Jane Austen : une jeune fille évolue dans la bonne société anglaise, au sein d'un microcosme (ici, la ville de Bath et tous ses dangers (!)), elle va faire la connaissance d'un certain nombre de personnes, certaines honnêtes et bien intentionnées, et d'autres aux motivations moins honorables. Elle discernera, au long du roman, les bons des mauvais, pour accomplir finalement son inévitable destin matrimonial.
 
   Bref, rien de très original, si ce n'est la personnalité de Catherine Morland... Celle-ci est en effet d'une agréable banalité, ainsi que le souligne l'auteure avec une bienveillante ironie, elle n'a strictement rien d'une héroïne, préfère jouer au crickett avec ses frères et soeurs plutôt que de se consacrer à des études sérieuses et à des promenades romantiques sur la lande battue par les vents ; elle voue à l'animation de Bath, aux bals, au théâtre, aux frivolités (mousseline et rubans), un enthousiasme naïf, sans cesse renouvelé et plutôt rafraîchissant (on a en effet toujours tendance à mésestimer le bien que peut faire une nouvelle tenue, une paire de chaussures neuves ou un joli chapeau sur un esprit déprimé... Mais ce n'est que mon point de vue!).
 
   Et, surtout, Catherine lit des romans. Pas des romans philosophiques, ni des essais à haute teneur intellectuelle, non, elle a au contraire un goût prononcé pour les romans gothiques, à sensations fortes, pleins de souterrains, de fantômes et d'êtres inquiétants... En résumé, Catherine aime se faire peur - raisonnablement bien sûr!
 
   Mais, malheureusement pour elle, cette habitude va lui jouer des tours, et déverrouiller une imagination déjà potentiellement bien fertile, déformant peu à peu sa vision du réel, des gens qui l'entourent, même les plus inoffensifs (je ne vous en dis pas plus, il faut le lire!)
 
   Et, ami lecteur, figurez-vous que je la comprends! Pas pour les romans gothiques - j'ai lu le Moine de Lewis quand j'avais 17 ans, et j'ai ri comme une baleine du début à la fin tellement j'ai trouvé cela énorme, ce qui n'était à mon avis pas l'objectif de l'auteur du tout, mais pour sa tendance à lâcher la bride à son imagination et à envisager des situations démesurées à partir de faits absolument banals...
 
   Cela me rappelle furieusement quelqu'un. Quelqu'un capable, par exemple, en arrivant chez ses parents, trouvant la maison déserte et la porte d'entrée non verrouillée, de se mettre à fouiller fébrilement toutes les pièces à la recherche du corps inerte de sa mère, envisageant la marche à suivre en cas d'accident et d'inconscience de celle-ci, la façon la plus adéquate de prévenir les proches, d'accueillir l'ambulance, appelant avec des sanglots de plus en plus perceptibles dans sa voix l'auteure de ses jours dans l'espoir d'une faible réponse... sans penser un instant que l'intéressée a pu tout simplement sortir faire une petite visite à la voisine! (Note personnelle de l'auteur : Pardon Maman, je te promets que je t'aime, mais ce n'est pas de ma faute, ça vient tout seul!)
 
   Quelqu'un capable aussi, si un parent d'élève lui demande un rendez-vous sans indiquer de motif, d'imaginer les pires raisons : l'enfant se sent agressé par une façon trop brutale d'enseigner la différence entre natures et fonctions grammaticales; le niveau des cours est trop facile ou trop élevé, au point d'alerter les plus hautes instances académiques pour demander une inspection surprise par une commission disciplinaire qui exigera potentiellement le renvoi de l'enseignante fautive qui n'aura que ses yeux pour pleurer ; ou bien l'élève est victime de harcèlement (ses camarades menacent de le séquestrer dans le placard de la salle de SVT - juste à côté du squelette et des serpents dans les bocaux de formol). Quelqu'un qui n'envisage pas une minute que le parent en question veuille juste faire le point sur le niveau scolaire de son enfant...
 
   En langage moderne, je dirais que Catherine Morland (et Philomène, puisque, vous l'aurez compris, c'est d'elle dont il s'agit!) souffrent d'un mal bien spécifique que nous pourrions nommer le "syndrome Amélie Poulain", en référence à une scène bien connue du film éponyme...
 
 
 
     ... Même si je crois qu'Amélie bat tous les records!
 
  Sur ces bonnes paroles, ami lecteur, je m'en vais prendre congé de vous, car il faut que j'aille me coucher... Je risquerais, sans cela, de ne pas dormir assez, de ne pas entendre mon réveil demain matin, de me lever très en retard et de devoir partir en trombe au travail. En excès de vitesse, je me ferais bien évidemment flasher par un radar avant de heurter par mégarde l'arrière d'une voiture de police. Emmenée de force au commissariat le plus proche et placée en garde à vue, je tomberais sur un ancien élève devenu dealer, qui me ferait payer les nombreuses heures de retenue infligées par le passé en me forçant à collaborer à un trafic de téléphones portables volés à revendre en cachette aux élèves de mon collège. A nouveau arrêtée, je passerais les fêtes de fin d'année en cellule, dans l'opprobre générale, à méditer sur la spirale infernale qu'est ma vie et à chanter "Jingle Bells" avec trois clochards avinés...
 
   Comme je tiens à mon Noël, ami lecteur, je vais donc au lit!
 
   A bientôt pour un nouveau coup de coeur!
 
                                                        Philomène.
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commentaires

A
Bonsoir ! Sache que je trépignais d'impatience de découvrir ton blog, et j'adore ! Ton dernier billet m'a beaucoup fait rire. Aussi ton blog va rejoindre les blogs que je suis régulièrement ! Et
j'allais oublier : n'ayant pas eu l'occasion de lire du Jane Austen, tu m'as donnée envie de la découvrir. En espérant te relire bientôt !
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P


Merci Amandine!^_^!



A
A nous aussi elle nous manque!
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A
A quand le prochain article...?
Répondre
P


Bientôt, promis! ^_^!


Philomène a un peu trop de travail en ce moment, mais écrire ses petites lettres lui manque bien!



A
Grâce à cette chronique je découvre ton blog!! Et j'ai beaucoup ri à la lecture de ton billet!! Merci! Je sens que je vais également aller me coucher, cela semble plus prudent!
Répondre
P


Merci beaucoup! Je viens d'aller voir ton site et je pense que je vais m'y perdre avec délectation!