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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 19:17

     Cher Jules,

 

     La question du goût, dans quelque domaine que ce soit, est toujours plutôt épineuse... Mon arrière-grand-mère avait son avis sur le sujet, elle qui proclamait haut et fort : "A chacun son sale goût!". Ceci dit, actuellement, la tendance serait plutôt à suivre le proverbe bien connu : "Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas".

 

      En théorie...

 

     Sans tomber dans le réquisitoire stérile condamnant les préférences d'autrui, les cataloguant arbitrairement comme kitschs, vulgaires ou au contraire excessivement bourgeoises ou bobos, je trouve plutôt difficile de se placer dans une sorte de sphère neutre et de trouver que tout se vaut et qu'il n'y a pas de "beau objectif"!

 

     Je pense que vous serez d'accord, cher Jules, vous qui avez dit : "Je ne réponds pas d'avoir du goût, mais j'ai le dégoût très sûr!"

 

     Comme je suis de votre avis...

 

     Pour appuyer mes dires, voici quelques exemples de situations où même un Honnête Homme du XVIe (siècle, pas arrondissement!) serait obligé de sortir de sa bienveillante neutralité, de son intérêt universel pour l'humanité, afin de réagir épidermiquement.  Alors la petite Philomène, vous pensez bien...

 

     Lorsque l'une de vos connaissances vient d'avoir un bébé et vous annonce fièrement (comme il se doit) sa naissance, que vous lui demandez le nom de l'enfant et qu'elle vous répond (toujours aussi fièrement, mais il est plus difficile de comprendre pourquoi)  "Brenda-Euphrasie" si c'est une fille, ou "Bryan-Apollinaire" si c'est un garçon, il faut faire appel à toute sa politesse. Avec effort, il vous est possible alors de répondre "Que c'est mignon!" d'un air vague, de sorte qu'il ne soit pas possible à votre interlocutrice de savoir si vous parlez du bébé ou du prénom. Il existe aussi la possibilité de dire "Que c'est original!", mais cela peut être mal perçu... Je le sais bien, moi qui me nomme Philomène...

 

     Lorsque vous allez faire les boutiques et que vous entendez deux (très) jeunes clientes s'extasier sur "ce petit haut rouge trop sexy et même qu'avec ça j'aurai trop la classe samedi à la fête à Kévin et peut-être que cette fois...", il convient de garder ses réflexions pour soi. Il faut ensuite réussir à se dire que oui, bien sûr, l'élément vestimentaire en question vous paraît, à vous, extrêmement vulgaire et n'est pas sans évoquer une certaine profession fort répandue aux alentours du bois de Boulogne, mais que peut-être, de leur point de vue, l'adorable petite robe noire droite que vous êtes en train d'essayer est d'un classicisme déprimant, voire vous confère une attitude austère de vieille fille à laquelle il ne manque que le lorgnon. Ceci dit, trève de théorie, le débardeur rouge en question était vraiment infâme!

 

     Lorsque vous vous rendez chez une charmante vieille dame pour lui rendre une petite visite de courtoisie, ou, par exemple, pour signer un contrat de location, et que vous découvrez avec horreur que les murs de son appartement sont recouverts de papier-peint à fleurs violettes (je ne plaisante pas), le sol d'une moquette à ramages VIOLETS et VERTS, que les meubles en bois sombre sont parsemés de bibelots divers et de fleurs artificielles sous globe, de lampes aux pieds de porcelaine peints, qu'il y a des napperons en dentelle sur toutes les tables et sur le dossier des fauteuils, il faut faire appel à tout son self-contrôle. La situation se complique quand vous devez signer le contrat regardée fixement par un chat en porcelaire (qui faisait vraiment peur) et par la photographie de son défunt mari dans un cadre en argent. Ai-je le droit, cher Jules, de créer la notion toute nouvelle de "laid objectif"?

 

     Enfin, comble de l'horreur en matière de dégoût, lorsque des personnes bien intentionnées, pensant vous faire plaisir, vous servent une pleine assiette de foie de veau aux épinards ("C'est plein de fer et de magnésium!"), l'évanouissement reste la seule option.

 

     Voilà cher Jules, ce que m'inspire votre phrase pleine de bon sens! J'espère que vous aurez le bon goût de ne pas me trouver trop présomptueuse...

 

     Recevez, Monsieur Renard, mes salutations les plus respectueuses!

 

                                                                Philomène.

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 21:00

     Cher Jean,

 

     Je commencerai cette lettre en citant vos propres paroles :

 

     "C'est une grande misère que de n'avoir pas assez d'esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire."

 

     Je confirme.

 

     C'est incroyable, on jurerait que vous avez écrit cette maxime pour moi... En tout cas, en tombant (douloureusement! aïe!) sur cette sentence imprégnée de votre bon sens et de votre esprit critique, je m'y suis fortement reconnue... pour ma plus grande honte!

 

     Etant passée maîtresse dans l'art subtil de l'impair en société, appelé aussi bévue mondaine ou, plus couramment, grosse gaffe, je suis prompte à m'incliner devant vous qui m'avez percée à jour. Lorsque je déclare maîtriser l'art de la gaffe, je pense ne pas me flatter, et envisager ce que l'on pourrait considérer comme un certain talent avec lucidité. A vrai dire, je loue le ciel de n'avoir pas vécu à votre époque et fréquenté les mêmes salons que vous, car l'un de vos Caractères aurait immanquablement porté le nom de Philomène.

 

     J'en imagine déjà le commencement, tiré du chapitre "De la Société et de la Conversation" :

 

     "Chaque fois qu'elle prend part à un entretien, les convives sont prompts à regretter que Philomène ne soit pas muette. Elle excelle à la révélation de ce qui doit être tu ; sa langue et sa raison semblent mener deux existences fort distinctes, la première prenant souvent le pas sur la seconde..."

 

     Mais je m'arrête, avant d'être obligée de donner des exemples véridiques et parfois difficiles à assumer.

 

     Toutefois, je tiens à vous dire, cher Jean, que faire des gaffes est un art qui requiert une certaine pratique, voire du génie. N'est pas gaffeur qui veut, et toutes les bévues ne sont pas de niveau équivalent. Ainsi, de même qu'il existe des couleurs pour les ceintures de judo et de karaté, des étoiles au ski, des grades dans l'armée ou des titres chez les chevaliers Jedi, il existe plusieurs paliers dans l'art délicat de l'impair conversationnel (je ne sais pas si ce mot existe, mais qu'à cela ne tienne, je n'en suis pas à une erreur près!). Permettez-moi de vous les développer afin d'enrichir votre culture déjà bien conséquente en matière de rapports sociaux.

 

     Selon moi, dans l'OGM (Ordre de la Gaffe Magistrale, ne confondez pas avec autre chose!), quatre paliers sont à distinguer :

 

     - Premier palier (niveau débutant ou Padawan) : l'apprenti gaffeur, sur le point de commettre l'impair fatidique, a encore la présence d'esprit de commander à sa langue et de se reprendre à temps avant de commettre l'irréparable. Généralement, cela s'accompagne d'un rougissement intempestif qui peut passer inaperçu avec beaucoup de chance, et de la pensée suivante : "Mon Dieu, j'ai failli gaffer ! J'étais sur le point de demander à Jacqueline des nouvelles de son hamster alors qu'il a péri tragiquement il y a trois jours. Heureusement que j'ai eu la présence d'esprit de me taire et de transformer ma bévue en un marmonnement suspect mais inoffensif!". Le Padawan, dans le cas présent, n'est pas encore un véritable gaffeur mais possède un potentiel indéniable.

 

     - Deuxième palier ( niveau intermédiaire ou Jeune Jedi) : la gaffe est commise avec talent, sans rachat possible. Le potentiel du Padawan est sans conteste exploité, toutefois à ce stade les conséquences ne sont pas autres que matérielles. Il existe de multiples exemples de ce type de maladresse : poser la main sur une barrière fraîchement repeinte, donner malencontreusement une claque amicale sur l'épaule de votre meilleur ami souffrant justement d'un terrible coup de soleil à cet endroit précis, confondre le pékinois de votre belle-mère avec la brosse à habits, répondre à un courrier électronique organisant un anniversaire surprise en s'adressant précisément à la personne sensée tout ignorer, etc. Ces situations, vécues et assumées pleinement, vous confèrent automatiquement le statut de Jedi de la gaffe.

 

     - Troisième palier (niveau confirmé ou Maître Jedi) : le gaffeur entre dans la cour des grands. La bévue commise est non seulement irrécupérable, mais porte atteinte à la personne d'autrui de manière parfois très cruelle. Inutile de m'appesantir davantage sur le sujet, quelques exemples suffiront : demander à un manchot de vous donner un coup de main, heurter un aveugle dans la rue et lui conseiller de regarder où il va, s'adresser familièrement à un nain en lui disant "Mon petit gars!", etc. Le gaffeur de niveau confirmé doit faire face courageusement aux conséquences : indignation de la personne blessée, gêne extrême de sa part, et parfois aussi fou-rire nerveux... Il est à noter que le Maître Jedi de la gaffe possède encore, à ce niveau, des circonstances atténuantes, car il peut être dans l'ignorance du handicap de la personne atteinte, ou être victime d'un trouble pathologique de l'attention à autrui.

 

     - Palier ultime (niveau génie ou Maître Yoda) : le gaffeur profère une énormité en  pleine connaissance de cause, sans toutefois pouvoir maîtriser sa langue et s'arrêter à temps. Ce type de gaffe est légendaire. Le récit en est transmis de génération en génération par les témoins de la scène, il alimente le mythe et auréole le gaffeur du statut inégalé de Maître Yoda. Je ne vous donnerai pas d'exemple afin de respecter la clause de confidentialité tacite du conseil des Initiés. Sachez juste que l'on ne joue pas impunément avec la Force et que les conséquences pour l'auteur de ce type d'impair sont terribles : désirs profonds de disparaître, de mourir sur place, voire de n'être jamais né. J'y suis personnellement parvenue une fois dans ma vie et ne m'en suis pas encore tout à fait remise.

 

     Voilà, cher Jean, le fruit de mes observations et malheureusement aussi de mes propres expérimentations. Il faudra, dans une lettre future, que je traite de l'art de s'excuser après une bévue! Il y aurait beaucoup à dire!

 

     Monsieur de La Bruyère, acceptez mes plus respectueuses salutations et l'expression de toute mon admiration.

 

                                                           Philomène

 

                                                                                                                                                     

 

 

 

 

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 17:12

     Cher René,

 

     Le rire est le propre de l'homme (et de la femme donc, même si je ne souhaite pas entrer ici dans de subtiles questions de parité!), c'est pour cela que vous êtes mon premier destinataire de l'an nouveau. Commencer l'année 2011 en m'adressant à un maître de l'humour me paraît être un début plutôt sympathique et prometteur.

 

     J'ai beaucoup pensé à vous ces derniers temps : j'ai eu l'occasion, lors des fêtes de fin d'année, de relire certains de vos chefs-d'oeuvre, des bandes-dessinées dont vous avez été le génial scénariste. Pour être plus précise, j'ai lu avec bonheur une bonne partie de la collection des Astérix. Joie suprême!

 

     Une chose m'a frappée, alors que je terminais "Astérix Légionnaire" le 31 décembre : j'ai compris à quel point vous avez été un fin observateur de la nature humaine en général, et de la nature française en particulier!

 

     En effet, par exemple, que font nos bons Gaulois à la fin de chaque album? Un banquet bien sûr! La cervoise coule à flot, les sangliers rôtis abondent. Tout le monde rit, tout le monde chante (sauf ce malheureux Assurancetourix ficelé et baillonné pour ne pas chanter justement), et il se trouve toujours un petit farceur pour danser sur la table. 

 

astérix 3

 

     Et que font nos bons Gaulois des temps modernes à la fin de chaque année? Un festin, évidemment, mais avec des mets plus contemporains (je ne les citerai pas ici par respect pour nos estomacs et foies respectifs qui viennent de recevoir leur coup de grâce en ce jour de galette des rois). 

 

     Bien sûr, je mets à part certains "Gaulois", ceux qui cultivent le mythe d'un autre de vos héros, Lucky Luke, qui, lui, à la fin de chaque aventure, s'en va mélancoliquement sur son cheval en chantant "I'm a poor lonesome cowboy"...

 

     I'm a poor lonesome Philomèèèèène!

 

     Je plaisante bien sûr, même s'il est indéniable que les fins d'années sont toujours un peu empreintes de nostalgie, comme chaque fois que quelque chose se termine... Mais à présent, nous sommes le 2 janvier, au début d'une nouvelle année, et désormais tout est possible!

 

     Je vous pose donc la question, cher René : que vont faire tous ces Gaulois ensuite, après la fin du banquet?

 

     Après avoir dévoré le reste de l'ultime sanglier, avalé la dernière goutte de cervoise, décroché Assurancetourix de son arbre (à chaque fois, je me demande s'ils vont y penser!), dormi, regardé leurs femmes ranger les tables du banquet et faire la vaisselle des écuelles (soyons Gaulois jusqu'au bout!), ils vont retrousser leurs manches et se remettre au travail : Obélix va tailler ses menhirs, Ordralfabétix va vendre son poisson pas frais, Cétautomatix forger ses glaives, Panoramix préparer ses potions, Astérix affronter quelques patrouilles romaines dans la forêt... la routine, quoi! Et ce jusqu'à la prochaine aventure...

 

     Eh bien, pour nous, Gaulois d'aujourd'hui, c'est la même chose... Au travail et en avant pour l'aventure suivante!

 

     J'essaierai d'y penser demain matin, lorsque mon bien-aimé réveil, que j'ai promis récemment de ne plus maltraiter, sonnera joyeusement à 6h30. Je tenterai de garder cela en mémoire un peu plus tard, dans les embouteillages. J'espère également ne pas l'oublier lorsque j'affronterai, sans potion magique, les patrouilles romaines qui forment mon quotidien professionnel... Haut les coeurs, par Toutatis! Surtout, ne pas oublier qu'après chaque album d'Astérix, il y en a toujours un autre, encore plus passionnant...

 

     Je vous souhaite donc une très bonne nouvelle année, cher Monsieur Goscinny!

 

                 Respectueusement,

 

                                            Philomène.

 

 

 

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 17:39

     Cher auteur inconnu de contes pour enfants dont je suis malgré tout friande malgré mon âge vénérable,

 

     Je vous écris cette histoire en réponse à votre fameux conte de Noël qui s'intitule "La Nuit où les animaux parlèrent" : dans ce récit, un petit enfant apprend que, la nuit de Noël, les animaux sont doués de parole. Il décide donc d'aller les surprendre afin de vérifier cette information qui s'avère exacte... Quelle n'est pas sa surprise d'entendre les animaux, dans l'étable, se plaindre du dur labeur qui leur est imposé!

 

     Voici ma propre version du conte, un peu modernisée bien sûr (en effet, je ne dispose pas d'écurie ni d'étable, et mon petit appartement est peu propice à l'accueil d'une ménagerie...). Ce conte s'intitule : "La Nuit où les objets parlèrent". Vous en goûterez la morale philosophique profonde, cher auteur inconnu!

 

     Il était une fois une demoiselle nommée Philomène qui se préparait à fêter Noël... Elle avait tout préparé pour cette grande fête : elle avait prévu, bien à l'avance pour ne pas s'énerver dans les magasins, tous ses cadeaux, sa tenue du réveillon était prête depuis fort longtemps et son appartement resplendissait de propreté... ou pas! 

 

     Elle était toutefois très intriguée, car une vieille voisine chenue, qu'elle avait aidée à porter ses sacs de courses, lui avait murmuré d'une voix chevrotante : "Sais-tu que, la nuit de Noël, quand les humains ne sont pas là, les objets prennent vie et sont doués de parole?"

 

     Philomène, au début incrédule, avait d'abord pensé "On ne me la fait pas, à moi!", puis des réminiscences de la Belle et la Bête de Walt Disney étaient apparues dans son esprit, y semant le doute et un grand désir de vérifier l'information... Peut-être, effectivement, ses mugs préférés se mettaient-ils à parler, ses bougeoirs à danser et chanter comme le chandelier Lumière et, joie suprême, son balai à nettoyer tout seul l'appartement!

 

     Cela valait le coup d'essayer de les surprendre... A minuit, le soir du 24 décembre, elle revint sur la pointe des pieds chez elle, ouvrit silencieusement la porte et écouta...

 

      Elle entendit d'abord une voix courroucée, qu'elle reconnut bien vite pour être celle de son Réveil. Celui-ci se plaignait : "Ce n'est pas une vie! Réveillé tous les matins à 6h30, qui plus est insulté régulièrement, frappé sans ménagement pour me faire taire, quand Philomène ne me pousse pas purement et simplement pour me faire choir sur le sol! Vrai, j'échangerais volontiers ma place avec l'un d'entre vous..."

 

     "Merci bien", enchaîna l'Ordinateur, "quant à moi je dois travailler de longues heures durant, et plus durement encore maintenant que Philomène s'est mise en tête d'avoir un blog. Je suis épuisé et j'aimerais avoir droit à plus de considération... Elle ne pense même pas à me dépoussiérer! Je suis pourtant son objet favori!"

 

     " Je me permets de vous contredire! Il me semble que c'est moi son objet favori! Elle passe de longues heures blottie contre moi, et ne parvient qu'à grand peine à me quitter le matin... Il est vrai que je suis chaleureux et confortable!"

 

     "Arrête de te vanter, Lit! Nous le savons bien, nous, que nous lui sommes indispensables" (Philomène reconnut les voix délicates de ses Mugs), "Elle se sert bien de nous plusieurs fois par jour! Si seulement elle nous permettait plus souvent de nous laver..."

 

     Cette plainte fut relayée en choeur par les Couverts, les Assiettes et les Verres. Philomène sentit le rouge de la honte lui monter aux joues, surtout lorsque les Livres entrèrent dans le débat et se mirent à narguer la vaisselle, et que le Tas de linge à repasser se mit à sangloter de solitude... Cela commençait à faire une belle cacophonie.

 

     "Et le Balai?" se demanda-t-elle soudain. Comme pour répondre à sa question, un ronflement sonore se fit entendre...

 

     "Ecoutez-moi donc ce gros paresseux! Forcément, il ne lui sert pas souvent, alors il prend de mauvaises habitudes!", criailla l'Eponge depuis le fond de l'évier. "C'est comme moi, je me déssèche de ne pas travailler plus souvent!"

 

     C'en était trop, Philomène s'enfuit en courant.

 

     Le lendemain, elle revint, persuadée d'avoir rêvé... Tout était exactement comme elle l'avait laissé la veille, c'est à dire plutôt en désordre...

 

     Que croyez-vous qu'elle fit! Elle avait compris la leçon! Elle se retroussa les manches, se saisit de son balai (qu'elle fut persuadée avoir entendu grogner en signe de protestation), réfléchit... puis décida que le ménage pouvait bien attendre les bonnes résolutions du Nouvel An!

 

     Voilà! Cher auteur de contes, je vous souhaite un Joyeux Noël!

 

     Votre très désordonnée,

 

                                                 Philomène.

 

 

PS : ce conte est bien entendu une pure fiction! Ceci dit, si vous voulez me rendre visite, je vous demanderai de me prévenir 24 heures à l'avance!

 

 

 

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 20:10

     Cher Alphonse,

 

     Nous sommes le 20 décembre, dans quelques jours nous célèbrerons la grande fête qu'est Noël! Je ne vous parlerai pas de recherche de cadeaux pour ma famille, étant sur ce plan-là dans une situation de retard critique que la neige n'arrange pas. Non, je vais vous parler d'un conte de Noël que je viens de lire et que vous connaissez fort bien puisqu'il est de vous... Il s'agit des Trois Messes basses...

 

     Je me rappelle bien que ce conte m'avait jadis été raconté par une adulte de mon entourage (mère, grand-mère, tante, je ne sais plus bien), et je me rappelle aussi qu'il avait eu sur moi un effet terrible : écouter le récit de la dégringolade de Dom Balaguère, poussé à la gloutonnerie par le diable lui-même, sous les traits de son petit clerc Garrigou, me terrifiait et je VOYAIS littéralement la scène se dérouler sous mes yeux dans la chapelle illuminée pour une fête complètement pervertie par le curé tellement pressé de manger qu'il en récitait ses messes à toute vitesse, j'ENTENDAIS la petite clochette de Garrigou qui accélérait le rythme de la célébration, et je me bouchais les oreilles mentalement pour ne pas entendre l'annonce de la mort du pauvre prêtre, victime de sa gloutonnerie... Quant à la punition finale, elle me donnait des sueurs froides!

 

     Ce conte m'a vraiment marquée et c'est pour cela qu'il m'a fallu un peu de temps avant de me décider à le lire pour m'en faire une idée définitive!

 

     Cher Alphonse, j'ai rajeuni de 20 ans (ou alors je n'ai pas grandi dans ma tête, allez savoir!).

 

     En lisant ce récit, en dépit du charme certain des mots que j'imagine tout à fait prononcés avec un savoureux accent provençal, j'ai eu EXACTEMENT les mêmes réactions qu'autrefois : pauvre Dom Balaguère! C'est vraiment trop triste de finir comme cela...

 

     Mais comme je suis à présent adulte (enfin, je l'espère!), je suis à même de réagir face à cette affreuse fin... Puisqu'elle ne me plaît pas, je préfère en imaginer une autre (demandez à Pierre Loti, j'ai fait pareil pour son dernier chapitre monstrueux de Pêcheur d'Islande : à ce jour, dans MA version, Yann et Gaud ont six enfants et 14 petits-enfants).

 

     Ainsi donc, voici trois autres fins possibles à votre conte, cher Alphonse... Je m'étonne que vous n'y ayez pas songé!

 

     Selon ma première version, Dom Balaguère, à la fin de sa seconde messe, a le regard irrésistiblement attiré par la crèche dans un coin de l'église... Quelle n'est pas sa surprise d'y voir le santon du petit Jésus lui faire un clin d'oeil comme pour lui dire "Eh bien, bon curé, on m'oublie?" . Forcément, il revient à de meilleures dispositions et termine tranquillement sa célébration... Garrigou reprend aussi ses esprits par la même occasion, mais lui c'est l'âne et le boeuf qui lui ont fait de l'oeil!

 

     Dans ma seconde version, plus théâtrale, j'envisage une sorte de séïsme dans la chapelle, avec secouage des piliers et grande frousse pour Dom Balaguère qui se repent illico ; s'il ne se repent pas (apparemment il a la tête dure), je propose un incendie des cuisines mettant tout ce petit monde au pain sec et à l'eau : c'est assez cruel (honnêtement je n'aimerais pas que cela arrive chez moi!) mais ce fait lui évite de mourir bêtement et lui laisse le loisir de songer à réparer ses torts avant qu'il ne soit trop tard... Par exemple en suggérant au Sire de Trinquelague d'inviter tous les pauvres gens de la région à festoyer l'année suivante pour le réveillon!

 

     Enfin, dans la dernière version possible, qui donne un peu dans la science-fiction je l'avoue, Dom Balaguère est soudainement transporté au 21ème siècle dans un supermarché, un 24 décembre, deux heures avant la fermeture des portes, entre le rayon des chocolats et celui des bûches à la crème au beurre, face à une affiche rouge et blanche vantant une célèbre marque de soda qui affirme qu'ouvrir une bouteille de ladite boisson, c'est "ouvrir du bonheur" ; là-dessus il se fait bousculer par trois caddies chargés à ras-bord de victuailles poussés par des gens énervés, et conspuer par une caissière épuisée par un mois complet de travail, y compris les dimanches ; il cherche à s'échapper et en désespoir de cause finit par promettre que oui, à l'avenir il ne recommencera pas et que par pitié il voudrait revenir dans sa chapelle pour dire ses trois messes et tirer les oreilles de Garrigou après...

 

     Je vous accorde que je suis sans doute un peu trop optimiste ou bien naïve, mais je préfère penser que ce malheureux prieur s'est racheté, finalement touché par la grâce de Noël!

 

     C'est requinquée par ce petit exercice d'imagination qui relègue à l'arrière-plan l'impression un peu traumatisante que ce conte a toujours eu sur moi que je me permets de vous souhaiter un très joyeux Noël, Monsieur Daudet!

 

     Cordialement et respectueusement,

 

                                               Philomène.

 

 

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 21:55

     Cher Edmond,

 

     J'espère que vous vous portez bien depuis ma lettre de mercredi. Je vous avais promis de vous raconter une autre aventure advenue dans le métro parisien... Comme j'aurais aimé que Cyrano fût présent cette fois encore !

 

     Comme ma petite mésaventure pédestre racontée dans ma dernière lettre, la scène à laquelle j'ai assisté ce jour-là a été d'une certaine banalité...

 

     La rame était encore une fois bondée, comme seul peut l'être le métro aux heures de pointe. Tout à coup, à l'autre bout du wagon, une violente querelle a éclaté entre deux passagers. Je ne pourrais vous décrire ces deux hommes, entassée comme je l'étais entre une étudiante en architecture transportant des plans encombrants, un rasta aux dreadlocks volumineuses et deux hommes d'affaire de haute taille... Je peux juste attester que bien vite ont résonné dans le wagon, devenu silencieux du fait de la gêne des autres voyageurs, des insultes que je rougirais de vous répéter (même si je ne suis pas une précieuse comme Roxane) mais dont le contenu m'a paru fort empreint de racisme, et ce des deux côtés...

 

     Au bout d'un moment, comme le "débat" montait en puissance, des passagers indignés ont commencé à inciter les adversaires au calme et à la pondération, l'intervention la plus désespérée venant selon moi d'une dame âgée qui s'est mise à crier :  "Arrêtez, arrêtez, je ne supporte pas la violence!"

 

     L'issue de l'altercation était proche, cependant, car juste après les deux passagers vindicatifs au langage fleuri sont descendus vider leur querelle à la station Blanche (admirez l'ironie du sort!). Je préfère ne pas savoir comment l'histoire s'est finie!

 

     Une telle scène pourrait facilement faire douter du genre humain, mais c'est sans compter sur l'aide précieuse que peut nous apporter Cyrano de Bergerac dans ce cas précis...

 

     Imaginez un instant, par exemple, que les deux protagonistes et les spectateurs de la querelle aient eu la verve de vos personnages... Quel divertissement c'eût été que d'assister à la scène!

 

     En voici la démonstration :

 

"PARIGOT DE METROGNAC, drame romantique contemporain.

 

Acte I, scène 3

La scène se passe dans un wagon de métro parisien, peu avant d’arriver à la station Blanche. Une foule de passagers se presse dans le wagon, l’air fatigué. On entend la musique des ipods en sourdine.

 

Le Vicomte de Barbès

 

           Il me semble, Monsieur, avoir lu dans vos yeux,

           De l’animosité et du mépris !

 

Le Marquis de Saint-Ouen

 

                                               Ô, cieux !

           Vous êtes inconscient de me chercher querelle,

           Trouvez-vous, par hasard, qu’elle n’est pas assez belle,

           Cette couleur de peau que le Ciel me donna ?

 

Le Vicomte de Barbès

 

           Vous me feriez raciste ? Oh, vous n’oseriez pas !

           Sachez, Marquis félon, qu’aux Cadets où je sers,

           Ce genre de différend se règle à la rapière !

           Je vous trouve, aussi bien, très fat et méprisant !

 

Le Marquis de Saint-Ouen

 

           Quant à moi je déplore que vous soyez si blanc !

           Votre peur se perçoit, voyez, vos joues sont blêmes !

           Je vous trouve affligeant…

 

Le Vicomte de Barbès

 

                                         Vous avez un problème ?

           Vous êtes un coquin, un fourbe, une canaille !

 

Le Marquis de Saint-Ouen

 

           Permettez-moi donc de vous appeler « Racaille » !

 

Le Vicomte de Barbès

 

           Jeune gueux !

 

Le Marquis de Saint-Ouen

 

Sombre idiot !

 

Le Vicomte de Barbès

 

                                               La Honte de la France !

 

Une Précieuse (affolée)

 

            Messieurs, je vous en prie, j’abhorre la violence !

 

Un Cavalier (indigné)

 

            Videz votre querelle ailleurs que dans ces lieux !

 

Un Cadet (Roussel)

 

            Un tel spectacle est vain et choquant, mes aïeux !

 

Le Vicomte de Barbès

 

            Ne nous exposons pas aux fureurs de la foule

            Régler cela entre hommes, aux poings, serait plus cool : 

            Vous me rendrez raison de vos propos abjects.

 

Le Marquis de Saint-Ouen

 

            Je vous lance un défi pour tous vos mots infects !

            Rendez-vous donc ce soir, au coucher du soleil.

            Il va falloir que coule, ici, un sang vermeil…

            Ne vous attendez pas à ce qu’alors je flanche !

 

Le Vicomte de Barbès

 

            Mais me voici chez moi, voilà la station Blanche…"

 

     Voilà ce qui aurait pu être dit si les deux protagonistes avaient eu un peu de lettres et d'esprit! Si seulement celui de Cyrano pouvait souffler de temps à autre dans le métro!

 

     Recevez, Monsieur Rostand, mes salutations les plus respectueuses!

                

                                                                    Philomène.

                                                                                                                                                 

 

                                                                                                                  

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 18:16

     Cher Edmond,

 

     je vous envoie cette très brève missive (si brève qu'elle aurait pu prendre la forme d'un télégramme si ceux-ci n'étaient pas tombés en désuétude), pour vous dire qu'à la suite d'un incident qui m'est arrivé récemment je me suis sentie habitée par l'âme de votre Cyrano. 

 

     J'étais dans un wagon de métro bondé, situation qui vous est heureusement étrangère car l'entassement et la promiscuité provoquent, au mieux, lassitude et claustrophobie, et dans le pire des cas exaspération et agressivité.

 

     C'est alors qu'un fâcheux, dont je me rappelle uniquement la haute taille et la forte corpulence, m'a écrasé consciencieusement les orteils du pied droit. 

 

     Comme cette situation se prolongeait, je me suis poliment adressée au passager (avec cependant une grimace de douleur qu'il a dû prendre pour de l'aigreur) : "Pourriez-vous faire un peu attention, s'il vous plaît?"

 

     Vous m'accorderez que ma demande était légitime!

 

     Toutefois, l'individu m'a toisée du regard avant de me jeter, sur un ton ironique et condescendant : "Elle a un problème, la p'tite dame?"

 

     La petite dame en question est devenue rouge comme une pivoine, tant d'outrecuidance la faisait bondir (au sens figuré, car concrètement elle n'avait pas la place pour cela) ; elle a profité de l'arrêt de la rame pour s'extirper à grand-peine du wagon, fusillant l'importun d'un regard indigné.

 

     C'est arrivée sur le quai que m'est venue en tête le début de la tirade de Cyrano, légèrement modifiée par les circonstances:

 

     "Agressif : Moi, Monsieur, si j'avais un tel pied,

     Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse!"

 

     Je me suis retournée, prête à répliquer : le métro était parti, hélas! Ou heureusement... parce qu'il m'aurait peut-être provoquée en duel comme ce fat de Valvert et que je manque plutôt de pratique... 

 

     Je vous salue, Monsieur Rostand, et vous dis à très bientôt car j'ai une autre aventure "cyranoesque" de métro parisien à vous raconter!

 

             Respectueusement,

 

                                    Philomène.

 

 

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 14:30

     Chère lectrice, cher lecteur,

 

     Voilà... Je n'en suis qu'à ma douzième lettre, et déjà je me heurte à une difficulté de taille dont je vous fais juge. Après une semaine plutôt épique, passée à essayer de garder l'équilibre dans tous les sens du terme, il m'a semblé opportun d'écrire une lettre traitant de l'art de tomber avec élégance. Or, pas moyen de trouver dans les écrits de mes chers amis les auteurs la moindre référence, le moindre ouvrage traitant du sujet d'une manière probante... A qui donc adresser ma missive?

 

     J'ai certes envisagé Albert Camus, auteur éminent d'un roman intitulé La Chute, mais en dépit d'une relecture pourtant active du texte, je n'y ai malheureusement pas trouvé la plus petite allusion à une plaque de verglas.

 

     A vrai dire, la seule citation sur le sujet qui me soit venue en tête en cinq jours de réflexion a été : "Si je dois tomber de haut, que ma chute soit lente". Cependant, vous comprendrez bien qu'il ne m'était pas possible d'adresser ma lettre à son auteur! Mylène Farmer est une chanteuse, d'abord, et même si certains lui confèrent du génie on ne peut pas dire qu'elle me soit assez familière ; et puis, tout simplement, je n'avais pas vraiment envie de me poser en admiratrice sans condition du texte d'une chanson qui s'appelle "Génération désenchantée"! Je me refuse à tout prix à être désenchantée, qu'on se le dise (et ceci dit sans aucune allusion à quelque conte de fée que ce soit)!

 

     Ma lettre s'adresse donc à vous, et je fais appel à votre culture littéraire : sachez que Philomène est intéressée par tout texte de tout auteur capable de l'éclairer un tant soit peu sur ce sujet périlleux qu'est la chute...

 

     En attendant, voici le fruit de mes petites réflexions de cette semaine, et vous pensez bien que ces derniers temps, vu les conditions météorologiques, j'ai eu le loisir d'approfondir l'aspect théorique de la question... et même d'expérimenter à plusieurs reprises certains faits dont je vais vous parler. Je me placerai bien sûr sur un plan absolument pratique, non dans une dimension théologique ou psychologique (j'en serais bien incapable!).

 

     Qu'est-ce que choir, donc?

 

     Considérons une plaque de verglas. Considérons ensuite un individu de sexe féminin, que nous nommerons Philomène, au hasard. La Loi de l'Emm... Maximum, plus communément appelée LEM ou loi de Murphy, ajoutée à la distraction légendaire du sujet considéré, fait que ladite plaque attire inexorablement celui-ci vers elle. Une chute sera donc inévitable : nous arrivons alors au coeur du sujet. Dans ma grande expérience, j'ai pu recenser quatre types de chutes différents:

 

     1) La chute en avant : mains et genoux au sol, le choc est rude. Il s'assortit de gracieuses écorchures sur les paumes, voire d'une déchirure très "tendance" du pantalon ou d'un filage de collant si le sujet est en jupe. Ce type de chute n'est pas sans rappeler celles des petits enfants courant derrière un ballon dans la cour de récréation, sauf que lorsque l'on est adulte, donc plus grand et plus lourd, cela fait encore plus mal et qu'un "bisou magique" sur la partie blessée n'est plus d'aucune efficacité.

     Remarque : cet évènement s'assortit généralement d'une verbalisation de la douleur, le plus souvent sous la forme d'un juron tel que "Saperlipopette", "zut" ou encore le mot de Cambronne prononcé avec véhémence. D'autres jurons plus virulents sont aussi possibles, mais je ne les citerai pas ici car je sais que mes parents lisent mes lettres et je souhaiterais les maintenir dans la douce illusion qu'ils ont réussi mon éducation.

 

     2) La chute en arrière : encore plus pernicieuse. La victime atterrit sur sa royale protubérance, prenant douloureusement contact avec le sol glacial et humide, ruinant ses vêtements et, par la même occasion, sa colonne vertébrale potentiellement déjà affectée d'un début de hernie discale. Ce type de chute est proche des légendaires accidents de patins à roulette remontant à la prime jeunesse du sujet.

     Remarque : même si l'intention y est, cette chute n'est accompagnée d'AUCUN JURON d'aucune sorte, puisque le sujet a forcément le souffle coupé. L'arrière-train en prend un coup mais, du moins, l'honneur et la politesse sont saufs.

 

     3) La chute sur le côté, à droite ou à gauche: avec rattrapage éventuel à un pilier animé ou inanimé. Par "pilier inanimé" j'entends bien sûr un poteau, un lampadaire, une barrière, un grillage, un horodateur, le retroviseur d'un véhicule utilitaire ou la portière d'une voiture  ;  par "pilier animé" j'entends un être humain, avec l'évidence que plus celui-ci est robuste, moins est grand le risque d'une réaction en chaîne type "dominos". Bref, mieux vaut s'accrocher à un rugbyman qu'à une octogénaire, sauf si celle-ci s'appuie elle-même sur un déambulateur. Mais, pour les filles,  vous comprendrez aussi l'intérêt qu'il peut y avoir à ce que la personne qui nous retient soit un individu musclé et chevaleresque... ( Navrée pour la grand-mère! )

     Remarque : dans ce cas précis, étant donnée l'éducation réussie du sujet (cf. point n°1), toute tentative de juron est aussitôt réprimée et remplacée par un discours contrit visant à se faire pardonner, surtout si cela a occasionné la chute de quelqu'un d'autre. Il est à noter que certains sujets particulièrement distraits parviennent même à présenter leurs excuses à un horodateur, heureusement sans témoin.

 

     4) Et enfin, l'esquisse de chute : la plus artistique et la plus fréquente. Le sujet, après avoir dérapé sur la plaque de verglas, parvient par un mouvement gracieux les hanches et/ou un élégant battement de bras, à rester sur ses deux jambes...

     Remarque : ici non plus, point de juron, mais un discret coup d'oeil panoramique aux alentours pour s'assurer que cet incident est passé totalement inaperçu, ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas...

 

     J'en arrive à une autre interrogation : dans ce genre de situation, comment s'en sortir avec brio?

 

     Voici quelques conseils d'une experte pour ne point perdre la face...

 

     Dans le cas d'une chute en avant, faire mine d'avoir perdu quelque chose par terre et de le chercher frénétiquement peut éventuellement marcher.

 

     Dans l'éventualité d'une chute en arrière, il peut être efficace de fixer une personne du regard avec désapprobation et faire comme si son comportement était répréhensible, illustrant au sens propre l'expression suivante, un peu familière mais fort utile : "En tomber sur le derrière".

 

     Si vous tombez sur le côté, je me permets de vous conseiller de faire mine de vous intéresser à la personne sur laquelle vous avez atterri, par exemple en vous exprimant de la sorte : "Pardonnez-moi, mais votre manteau me fascinait... Il fallait absolument que je le regarde de plus près. C'est de l'alpaga? Puis-je être indiscrète et vous demander où vous l'avez acheté?"

 

     Enfin, dans l'hypothèse où ces tentatives désespérées ne rencontrent que le scepticisme et les regards goguenards des témoins de la scène, il ne me reste qu'à vous rappeler l'adage bien connu "Le ridicule ne tue pas" (j'en suis la preuve vivante) et à vous suggérer l'idée que, finalement, ce n'est peut être pas si mal que cela de faire rire les gens! Autant se joindre à eux! ( sauf bien sûr si vous devez aller à l'hôpital...)

 

     Merci de m'avoir lue jusqu'au bout, chère lectrice, cher lecteur, à une prochaine fois et prenez garde où vous mettez les pieds!

 

                                  Bien amicalement,

 

                                                           Philomène.

 

 

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 21:22

     De PHILOMENA à PUBLIUS OVIDIUS, VALE !

 

     Si vales bene est ego autem valeo. 

 

     En d'autres termes, " Salut à vous Ovide, si vous allez bien, alors moi aussi j'ai la pêche! "

 

     Mais j'arrête ici avec le latin, car je serais bien en peine de mener une conversation épistolaire soutenue avec un auteur de votre envergure dans une langue que je ne maîtrise pas complètement  -  voire pas du tout, car mes bribes de connaissances en matière de langue latine sont enfouies aux tréfonds de ma mémoire... Ne restent que quelques citations fort utiles au quotidien, certes, mais peu représentatives de la richesse de la culture romaine, du genre "Bonum vinum laetificat cor homini" (hé hé!), ou "Quod erat demonstrandum", ou encore "Delenda Carthago", 'Tu quoque mi fili", "alea jacta est" et "Veni, vidi, vici". Bref, pas de quoi franchir le Rubicon...

 

     Si vous le permettez, je m'adresserai à vous par votre nom, cher Ovide, et non par votre prénom... "Publius" m'est moins familier, et j'aurais l'impression de parler à un inconnu...

 

     C'est de métamorphoses que je souhaiterais vous entretenir aujourd'hui, et il me semble que vous vous y connaissez! Après tout, vous en avez raconté un certain nombre... A vrai dire, j'ai hésité avant de vous écrire, puisque le professeur Mc Gonagall d'Harry Potter maîtrise aussi ce sujet à la perfection et que je suis une humble admiratrice de son personnage. Mais la règle est la règle, j'avais dit "lettres à des auteurs", n'y dérogeons pas! Cette chère Minerva n'a rien écrit, hormis des lettres à Dumbledore transportées via hibou, et en plus elle n'a jamais existé. Vous êtes donc l'heureux destinataire de ma lettre. Réjouissez-vous avec moi, fier Romain! Gaudemus!

 

     Parlons donc de métamorphoses... Vous allez comprendre!

 

     Figurez-vous qu'en ce moment, avoir le pouvoir de transformer les choses et les personnes autour de moi me rendrait un fier service. Je n'aurais pas la prétention de me placer sur un plan étiologique et mythologique comme vous le fîtes (au passage, admirez le passé simple! Cette lettre est sponsorisée par Bescherelle!), mais dans mon petit quotidien, voilà qui serait bien appréciable.

 

     Par exemple, j'ai un voisin. Un être délicieux sans aucun doute, pour qui le connait. Malheureusement, je ne le connais pas... Comme je souhaiterais faire de cet homme un individu silencieux, au pas léger sur le parquet en plein milieu de la nuit, aux amis discrets dans l'escalier à trois heures du matin, aux goûts musicaux raffinés, préférant de loin les films d'auteurs aux matchs de l'OM, au chien bien dressé, à la voix suave et au langage soutenu! Mais une telle métamorphose serait à mon avis peu probable, et peut-être m'ennuierais-je devant tant de quiétude...

 

     Dans un autre registre, parlons de la cantine de mon lieu de travail, dont les administrateurs ont dû, à n'en pas douter, bénéficier d'une promotion exceptionnelle sur les petits-pois carottes, ce qui les pousse à nous servir ce plat environ deux fois par semaine depuis trois mois. Imaginez un peu, avoir la possibilité de changer cette infâme mixture orange et verte en frites dorées et croustillantes, en quiche lorraine et salade, en potée auvergnate bien garnie, en petit-salé aux lentilles, en résumé, en un plat consistant et savoureux qui tiendrait bien au corps en ces froides journées d'hiver! Ce serait formidable, mais à mon sens aussi utopique que de demander à la vache Io de redevenir humaine...

 

     Poursuivons : comme j'aimerais avoir la possibilité de métamorphoser ma fidèle petite voiture en un élégant traîneau tiré par quatre chevaux blancs portant fièrement de jolis plumets rouges sur la tête, et la route nationale bourbeuse et glissante que j'emprunte tous les matins en une large allée scintillante de neige! Bercée par le bruit des grelots, ce serait un vrai bonheur que d'aller travailler, grisée par la vitesse de la course. Mais il me semble plus sage de garder les pieds sur terre et d'oublier ce qui serait plus à sa place dans un conte (d'ailleurs, demandez à Charles, j'en ai fini pour un moment avec les contes de fées...)

 

     Pour moi-même également, je me rends bien compte qu'une métamorphose serait la bienvenue! Quel bonheur ce pourrait être de devenir, pour la saison froide, un animal comme l'ours, le loir, ou la marmotte... Pas pour la fourrure qui ne serait pas très seyante, mais pour avoir le loisir d'hiberner de longs mois durant sous une couette douillette et chaude sans avoir à affronter la neige, le froid et la grisaille... Non, oubliez ce que je viens d'écrire : si j'hibernais, il faudrait rater Noël, et cela c'est hors de question!

 

     Mais tout compte fait, je crois que ma propre métamorphose est déjà enclenchée... En observant avec attention ma façon presque compulsive de me précipiter à ma fenêtre pour traquer le moindre rayon de soleil, de me réfugier sous ma douche brûlante (quand la chaudière marche) pour me réchauffer et de me nourrir quand l'occasion se présente de biscuits au chocolat pour me réconforter, j'ai un peu l'impression de devenir petit à petit une plante verte tropicale qui photosynthétise, profite des ondées des pays chauds et de l'engrais pour pousser! Bref, je me sens peu à peu devenir ficus... Il devient urgent de réagir avant de prendre racine! Je n'ai pas l'âme d'une Daphné changée en laurier, nul dieu ne me poursuit!

 

     Restons donc nous-même et affrontons le monde tel qu'il est! Mon cher Ovide, je vous salue bien bas et je m'en vais de ce pas saluer aussi mon bien-aimé voisin!

 

                                                                    Vale!

 

                                                                                                                                                                                         

 

 

 

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 20:14

     Cher Charles,

 

     Ces jours-ci, j’ai l’étrange impression de régresser et de retomber en enfance… Je ne sais pas si c’est l’approche des fêtes de fin d'année, la Saint Nicolas, les jolis flocons de neige qui tourbillonnent dans le vent et font glisser les routes, ou plus prosaïquement le rhume qui me ralentit les neurones, mais je retrouve en ce moment un goût que je croyais enfoui en moi pour de petits bonheurs simples et enfantins !

 

     Je me suis donc plongée avec délectation dans la relecture de vos contes ou, pour être plus précise, dans une première lecture « dans le texte » de certains d’entre eux… Plus honnêtement, vous en serez surpris cher Charles, j’ai lu pour la première fois de ma vie la vraie version de La Belle au Bois Dormant.

 

     Bien.

 

     Je pensais bien connaître cette histoire. Amatrice fervente, dans mes jeunes années, du dessin animé de Walt Disney, j’avais vu et revu la cassette vidéo jusqu’à en user la bobine, me cachant toujours sous mon fauteuil aux apparitions de la fée Maléfice (elle n’était vraiment pas belle, et surtout très très méchante !), soupirant de contentement à l’entrée en scène du Prince Philippe et de son cheval Samson, hurlant de rire devant les deux rois débonnaires, les fées qui se chamaillent et les petits animaux espiègles de la forêt… Plus tard, passionnée de beaux spectacles et de danse classique, j’avais applaudi à tout rompre le ballet à l’Opéra Bastille, dévorant des yeux les costumes et les danseurs (enfin, surtout le Prince !), puis j’avais écouté et ré-écouté la musique de Tchaïkovsky jusqu’à en rayer le CD.

 

     Je ne m’attendais donc pas, en lisant votre conte, à choir d’aussi haut ! Et pourtant, j’ai chu ! Aïe.

 

     Je passerai rapidement sur un élément très secondaire de l'intrigue, qui m’a pourtant valu un bon petit fou - rire toute seule, à savoir que, dans votre conte, la Belle au Bois Dormant a une chienne qu’elle appelle la Petite Pouffe : cela surprend, cher Charles, dans le contexte d’aujourd’hui. Mais cela ne porte pas trop à conséquence.

 

     En revanche, ce que j’ai découvert ensuite m’a davantage surprise et, je l’avoue, pas mal offusquée : l’histoire ne s’arrête pas au mariage du Prince et de la Belle, ni à un traditionnel « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » !

 

     Non, la suite est beaucoup plus terrible, même si elle commence de manière si banale que je me suis demandée un instant si vous n’aviez pas emprunté des idées dans une série télévisée quelconque (avant de me rappeler qu’au XVIIe siècle la télévision n’existait pas) : le Prince épouse la Belle en cachette car ses parents à lui, fermés d'esprit, s’opposent au mariage (en même temps, on peut comprendre leur inquiétude, parfois les différences d’âge au sein d’un couple sont source de déséquilibre et mettent en péril l’harmonie de la vie à deux. Et là, la différence est tout de même de cent ans !).

 

     Ensuite, en fait d’avoir beaucoup d’enfants, les jeunes époux en ont deux, restant ainsi dans la norme française actuelle : une fille et un garçon ! Où est la magie, Charles ?

 

     Puis s’ensuivent les problèmes classiques : la belle-mère découvre le mariage, prend sa belle-fille en grippe ; elle est bien obligée ensuite de voir son fils heureux avec une autre femme qu’elle. Cela manque un peu de merveilleux à mon goût.

 

     Mais la fin est véritablement atroce! Avez-vous eu des problèmes familiaux pour vous venger ainsi ? Votre belle-mère vous a-t-elle à ce point traumatisé ? Franchement, faire de la mère du Prince une ogresse désireuse de manger ses petits-enfants et sa belle-fille ! Vous n’oeuvrez pas vraiment pour la paix des familles ! Vous imaginez un peu, une grand-mère lisant ce récit à sa descendance avant de l’envoyer au lit avec un sourire carnassier et un « Bonne nuit mes chéris ! Faites des rêves délicieux ! ». Non !

 

     Enfin, je vous pardonne pour cette fois-ci. Ou plutôt non : ma plus cruelle déception a bel et bien été que la Belle au Bois Dormant ne s’appelle pas vraiment Aurore...

 

     Une prochaine fois, pour me mettre dans l’ambiance de Noël, je lirai un autre conte ! Barbe Bleue, pourquoi pas?

 

     Au revoir, Monsieur Perrault, mes amitiés à votre belle-mère !

 

                                                               Philomène. 

 

 

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