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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 17:00

      Cher William,

 

      Vous m'avez comprise! Merci! Ou plutôt, devrais-je dire, Léonato, le père d'Hero de Beaucoup de bruit pour rien, m'a comprise lorsqu'il a prononcé cette phrase extrêmement pertinente à l'acte V de la pièce : "Jamais on n'a vu philosophe endurer avec patience le mal de dents..."

 

      Je traitais dans une lettre adressée à Emile la semaine dernière de la philosophie du "Il y a pire" (je vous dirais bien d'en parler avec lui, mais comme vous n'avez vécu ni à la même époque, ni dans le même pays, cela risque de compliquer un peu les choses) : j'expliquais que, souvent, quand quelque chose d'un peu pénible nous arrive, il suffit d'imaginer ou de penser à des choses encore plus pénibles pour que tout s'arrange.

 

      Quelle petite naïve j'étais...

 

      J'en ai eu la preuve récemment, il est des situations dans la vie où il est vraiment héroïque de se le dire. Quand les problèmes semblent s'acharner sur vous, les contrariétés se multiplier, lire Zola n'est absolument d'aucun remède. En voici quelques exemples mineurs, dans le désordre...

 

      Lorsque vous sortez de chez vous le matin, à 7h30, qu'il fait encore nuit, que vous constatez qu'il gèle à pierre fendre et que vous allez devoir une nouvelle fois gratter le gel de votre pare-brise avec une boîte de CD faute de mieux, que vous savez que vous allez passer 3/4 d'heures sur des routes glissantes puis au milieu des embouteillages dans une voiture qui ne sera réchauffée qu'au moment où vous la quitterez, la philosophie du "Il y a pire" perd un peu de son efficacité...

 

      Lorsque, enrhumée jusqu'aux cheveux, le nez rouge et dégoulinant, la voix cassée, les yeux qui pleurent, vous allez à la pharmacie acheter le l'Actifed, du spray pour la gorge et du Doliprane 1000, et que la pharmacienne, pimpante et outrageusement maquillée, vous demande avec un grand sourire "C'est pour vous?", il est, croyez-moi, difficile de relativiser...Vous avez plutôt envie de lui répondre "Ben non, voyons, qu'est-ce qui vous fait croire ça? C'est pour ma chèvre naine Djali qui a attrapé froid... Mais elle n'est pas avec moi aujourd'hui, elle était trop malade!"

 

     Lorsque soudain l'eau chaude d'une douche bienfaisante se transforme en un supplice écossais bien connu (évidemment, c'est lorsqu'il fait -10°C que la chaudière tombe en panne, sinon ce ne serait pas drôle!), que pour rincer ses cheveux pleins de shampoing il faut faire chauffer de l'eau au micro-onde parce qu'évidemment sa bouilloire est cassée elle aussi, qu'on dérape sur le parquet glissant comme une petite vieille, qui arrive à se raisonner en pensant à la sécheresse en Afrique?

 

      Lorsque les GENS, dans le même état que vous bien sûr, mais cela pas moyen de se le dire, semblent se liguer contre vous et vous donnent envie de vous terrer dans votre caverne avec un énorme panneau sur lequel est inscrit "Qui passe trépasse!" à l'entrée, vous ne pouvez que féliciter ceux qui arrivent à penser au Tibet envers et contre tout!

 

      Et lorsque ces évènements, ou d'autres du même genre, arrivent tous la même semaine, le seul recours reste bien de se dire que même un Maître en sagesse et en maîtrise de soi ne pourrait de toute façon endurer un tel calvaire...

  

      Bien sûr, mon cher William, les petits soucis de la petite vie de la petite Philomène n'ont pas grand chose à voir  avec le déshonneur de Léonato qui voit sa chère fille répudiée publiquement et injustement le jour de son mariage, ou avec la dureté de la vie au temps du règne d'Elizabeth Première (quoique je sois quand même curieuse de savoir à quoi ressemblait une rixe dans une taverne...pour ma culture personnelle!). Mais je vous remercie néanmoins pour cette phrase qui m'aide aujourd'hui !

 

      A vrai dire, mon imagination un peu trop fertile trouve plutôt cocasse la vision de Socrate, Aristote et Platon, en toge et sandales, en train de se tenir la mâchoire avec des grimaces de douleur... Encore une fois, j'ai honte! (Mais je ris bien quand même...)

 

      Je vous salue bien bas, Monsieur Shakespeare, et pour montrer que je vous aime bien je termine par l'une de vos citations avant de remonter dans ma tanière hiberner jusqu'au mois d'avril : "The rest is silence!" (de toute façon je n'ai plus de voix!).

 

                                                            Philomène.

 

                                                                                                                                

 

 

 

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 20:38

Hello!

 

Dslée,  pas encore relu ton bouquin, j'avais pas de temps à perdre (MDR!!)

J'espère qu'à Combray ça gèle moins qu'ici, mais bon...

CHAUFFE MARCEL!!! (XPLDR!)

 

Kiss,

 

Philo.

 

 

Je suis navrée, cher Marcel, pour ce pathétique texto fictif à l'humour douteux, mais j'ai des circonstances atténuantes : mes neurones sont gelés par le froid polaire enduré ce week-end... Promis, je me rachèterai!

 

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 10:02

      Chère Louisa,

 

      Aujourd'hui est tombée la première neige de l'hiver. Ce petit fait banal qui me met pourtant à chaque fois le coeur en joie, ajouté à l'approche de Noël, m'a remis en tête les premières lignes des Quatre Filles du Docteur March... Si vous vous en souvenez bien (et vous vous en souvenez forcément, puisque c'est vous l'auteur!), le roman s'ouvre sur le salon de la famille March, un jour de décembre enneigé, à l'heure du thé : Meg, Jo, Beth et Amy sont réunies et discutent de la guerre, de leur père absent, de leur pauvreté et de Noël... C'est là qu'intervient pour la première fois l'illustrissime Joséphine, personnage mythique entre tous, à plat ventre sur le tapis (ô scandale, une dame ne se tient pas comme cela!) qui déclare à ses soeurs : "S'il n'y a pas de cadeaux à Noël, Noël n'est pas Noël!" : dès mes huit ans, pour cette simple phrase, elle est devenue mon héroïne!

 

      C'est ce personnage, avec ses chères soeurs aussi bien entendu, qui a fait que votre roman est celui que j'ai relu le plus de fois de toute ma vie. Oui. Vous battez même Jane, c'est dire! Les Quatre Filles du Docteur March et sa suite ont bercé mon enfance, mon adolescence...et mon passage à l'âge adulte aussi, assumons!

 

      Alors forcément, lorsque l'on a grandi avec une histoire, elle devient notre plus fidèle compagne et une amie très chère! On connaît bien ses qualités mais aussi ses défauts... On relit avec délectation nos nombreux moments favoris, qui seront pudiquement tus, et on hurle toujours aux mêmes passages et face aux mêmes personnages : là, par contre, le silence n'est pas de mise! Je suis désolée, chère Louisa, mais c'est une entreprise de purification que j'entreprends ici... Il faut que cela soit dit et sachez que je parlerai aussi au nom de toutes les inconditionnelles de la famille March en général et de Jo en particulier!

 

     Voici donc, classée de 1 à 10 et par ordre croissant, la liste de ce qui m'a fait hurler dans Les Quatre Filles du Docteur March. Je serai sans pitié.

 

     1) Pas de cadeaux à Noël... On ne fait pas lire ça à des enfants!

 

     2) Amy qui brûle le manuscrit de Jo. Sale petite peste! Bon, d'accord, elle est bien punie après puisqu'elle manque de se noyer, mais quand même.

 

     3) Les "Joséphiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiine!" de la Tante March.

 

     4) Jo qui vend ses cheveux... Non mais ça va pas la tête! Vous imaginez mon traumatisme quand j'ai lu ce passage, à huit ans? L'année où ma mère voulait me couper les cheveux, en plus...

 

     5) Que vous a fait cette pauvre Beth? La mort du bébé Hummel dans ses bras, la scarlatine... Peut-être faudrait-il songer à s'acharner sur un autre personnage!

 

     6) Petite question qui me chiffonne : franchement, mais qu'est-ce que Meg trouve à John Brooke?

 

     7) Le départ d'Amy en Europe à la place de Jo : je ne voudrais pas semer la zizanie, mais je rappelle à la Tante March que même si Amy est gentille maintenant, quand elle était petite ce n'était pas un ange! cf. point n°2

 

     8) Le mariage de Laurie et d'Amy : je ne suis pas sûre d'être la seule à penser que ce sympathique Laurie est devenu bien niais après ses noces... Mais je m'arrête là car vous allez finir par croire que je n'aime pas Amy.

 

     9) L'entrée en scène du Professeur Bhaer. Je me cite, à 14 ans : "Non mais, mais, mais... Ce n'est pas vrai! Jo ne va quand même pas épouser ce... ce VIEUX!". Eh si...

 

     10) La mort de Beth : sans commentaire. Comment avez-vous pu?

 

      J'en ai fini! Je vous remercie de votre patience, Miss Alcott, et croyez bien que si je n'ai pas fait la liste de mes moments favoris dans cette histoire, c'est aussi parce qu'ils sont indénombrables!

 

      Je vous salue bien respectueusement tout de même et, sans rancune, je m'en vais de ce pas relire le roman une vingtième fois!

                                                Philomène

 

                                                                                                                                                                                                                                                         

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 19:15

      Chère Agatha,

 

      Figurez-vous que, cette nuit, j'ai été tirée en sursaut d'un sommeil réparateur par le bruit d'un choc sourd (suivi d'un cri strident) venant de l'étage au dessus. Il n'en a pas fallu plus pour que mon cerveau encore à demi embrumé par le sommeil se mette en marche et imagine en quelques instants plusieurs hypothèses visant à expliquer la provenance dudit bruit et ses conséquences : je ne vous ferai pas la liste de tout ce qui m'est passé par la tête, qu'il vous suffise simplement de savoir que la supposition la plus délirante impliquait le parachutage, par la fenêtre, d'une caisse de matériel destiné à un atelier de faux-monnayeurs (d'où le choc sourd) suivi de la découverte par le destinataire que la planche à billets contenue dans l'emballage était destinée à imprimer des coupures de trois euros (d'où le cri de désespoir...)

 

      Comme je suis une lectrice assidue de vos romans policiers, chère Agatha, j'ai ensuite décidé de faire marcher mes "petites cellules grises" pour trouver une explication logique et rationnelle à ce mystère nocturne. Cela n'a malheureusement pas été très efficace... En effet, j'avoue humblement que ce qui je préfère dans vos romans ne sont pas les énigmes en tant que telles mais plutôt la vie des personnages que vous racontez à côté de l'histoire!

 

      C'est pour cela que j'ai commencé à me demander comment je réagirais si ce cri mystérieux advenait dans l'un de vos romans et que j'en étais l'un des personnages.

 

      Agirais-je comme la jeune fille ingénue qui, malheureusement pour elle, toute innocente qu'elle soit, est toujours celle qui découvre le cadavre? Après cela, en général, elle s'évanouit - c'est d'ailleurs souvent à cette occasion qu'elle rencontre le héros qu'elle épouse à la fin si ce n'est pas lui le meurtrier - et on lui fait boire un verre de sherry. (A ce propos, je me suis toujours demandé ce qu'était réellement le sherry : un alcool de cerise ou bien une sorte de vin très spécial qu'on ne boit qu'entre amoureux en se regardant dans les yeux et en se disant "sherry, sherry"?). Mais je ne pense pas que ce soit une très bonne idée d'agir comme elle : tout d'abord parce que je me suis déjà évanouie une fois et que, tout bien réfléchi, je préfèrerais rencontrer le héros bien campée sur mes deux jambes ; ensuite parce que vu l'effet que la moindre goutte d'alcool peut avoir sur moi, boire du sherry est à proscrire sinon je n'aurais plus du tout l'air d'une ingénue ; enfin parce que cela ne me dirait rien de tomber sur un cadavre.

 

      Je pourrais, sinon, me comporter comme la vieille demoiselle de village, employée du bureau de poste ("Non, je n'ai pas vu le domestique de Sir Harry récemment...D'habitude il vient toujours chercher une lettre le lundi..."), institutrice à la retraite ( "Oh! Le jeune Sam Riddleton! Je m'en souviens très bien, un si gentil garçon! A part bien sûr une nette tendance à tirer les nattes des filles et à capturer des moineaux pour les torturer ensuite, mais vous savez comment sont les enfants...") ou pilier de la paroisse ("Je n'ai pas vu Lady Elfries à la vente de charité du Révérend Preston, pourtant d'habitude elle s'occupe du chamboule-tout "). Dans ce cas-là, vêtue de tweed, fureteuse et colporteuse de ragots, je n'aurais de cesse de cuisiner mes voisins du dessus pour connaître le fin mot de l'histoire. Mais, à la réflexion, cela ne me plairait pas non plus pour la simple raison qu'en général ce type de personnage finit pas mourir car il en sait trop et je ne suis pas vraiment tentée.

 

      Ou encore, autre possibilité, je pourrais être un type d'héroïne différent, celui de l'aventurière intrépide qui va au devant du danger pour se procurer des sensations fortes, qui n'a pas froid aux yeux et qui du coup se retrouve impliquée dans de sombres histoires d'espionnage, d'enlèvements, de préparation d'attentats politiques, qui échappe plusieurs fois de justesse à la mort, visite des pays orientaux et participe, avec une société secrète, à sauvegarder la paix dans le monde. Mais pour cela il aurait fallu que je sorte de mon lit pour aller voir ce qui se tramait exactement à l'étage au dessus, et je précise qu'il était trois heures du matin!

 

      J'ai donc arrêté là mes interrogations et me suis rendormie, sans envisager ce qu'auraient pu faire d'autres personnages (Miss Marple, par exemple, qui à mon avis aurait été bien plus sensée!) . Mais comme vous le voyez, chère Mrs Christie, ne résout pas un mystère qui veut!

 

      Je vous salue bien respectueusement!

 

                                               Philomène

 

PS: J'ai croisé mon voisin du dessus en sortant de chez moi ce matin. Appuyé sur l'épaule de sa femme, il rentrait de l'hôpital. Cette nuit, il s'est cogné le pied contre le coin de sa commode en revenant d'aller boire un verre d'eau et il s'est fracturé le gros orteil. Tout en compatissant sincèrement à sa douleur, je n'ai pas pu m'empêcher d'être un peu déçue... J'ai honte!

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 10:07

     Cher Emile,

 

     J'espère que vous allez bien et que vous avez le moral. Je vous pose la question car, si j'admire vraiment votre style, j'ai toujours trouvé les thèmes que vous traitez plutôt sordides... Franchement, les femmes du second empire qui trompent leurs maris ou qui volent dans les magasins, les jeunes filles qui se sacrifient pour leurs familles qui en réalité les exploitent, les courtisanes qui meurent de la petite vérole, on a vu plus gai comme sujets...

 

     Ceci dit je ne vous en veux pas car vos romans ont un effet bénéfique sur moi, et ce depuis le début. En effet, dès que j'en termine un, je réussis toujours  à me dire : "Oh, eh bien finalement, ma vie n'est pas si mal..." . Concrètement, cela aide bien de se dire que dans Zola ce serait pire...

 

     Cette philosophie du "Il y a pire" peut d'ailleurs s'exploiter de différentes manières...

 

     De manière classique tout d'abord : par exemple si un rhume s'annonce, il me suffit de me dire " Il y a pire, des gens en ce moment sont à l'hôpital avec des maladies graves, ne te plains pas!" ; si une fringale se fait sentir alors que mon frigo est vide et qu'il ne me reste dans mon placard qu'un paquet de pâtes entamé sans sauce tomate et sans gruyère, je peux de la même manière me dire "Il y a pire, des gens meurent de faim dans le Tiers-Monde à cette minute précise, arrête de râler et mange tes pâtes nature".  Les exemples sont nombreux. Mais ce n'est pas très original (et parfois dur à mettre en place en cas de grippe A ou de malaise hypoglycémique majeur).

 

     Par contre, on peut aussi développer cette philosophie du "Il y a pire" de manière plus inventive. Imaginons : si je suis célibataire et que la Sainte Catherine approche, qu'une connaissance vient pour la dixième fois de me demander, avec tact et finesse, "Alors, Philomène, toujours seule?", au lieu de pleurer sur mon sort et de la trucider mentalement, je peux penser à quelque chose d'encore plus atroce : par exemple que je vis dans une société où les célibataires de plus de 25 ans doivent le jour de la Sainte Catherine s'habiller exclusivement de vert et de jaune pour bien rendre visible leur déshonneur. Je peux aussi essayer de réaliser ce que serait cette même fête si tous les gens en couple envoyaient leurs condoléances aux célibataires ce jour-là (façon cartes de Saint Valentin, mais bordées de noir et sans les coeurs...). Ou enfin, le pire du pire, je peux penser à un pays où le gouvernement obligerait les personnes non mariées à payer, chaque année de célibat, une amende qui grandirait avec les années pour "non-contribution au renouvellement de la population" (je suis sûre que même vous, cher Emile, n'auriez pas pu penser à cela). Comme, Dieu merci, je sais que ce n'est pas possible, j'arrive à me dire : "Finalement, ma vie n'est pas si mal..."

 

     Je vous remercie donc pour vos romans qui ont le même effet sur moi que ce dont je viens de vous parler (il faudra que je pense aussi à remercier Gustave et Guy, un de ces jours...).

 

     Recevez, Monsieur Zola, mes respectueuses salutations (et n'oubliez pas que la vie est belle, quand même, déridez-vous!)

 

                                                          Philomène.

 

                                                                                                                                

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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 17:37

      Monsieur,

 

      Je serai tout à fait franche : je ne vous écrirais pas si je ne m'y voyais forcée par la nécessité... Vous êtes le seul à qui j'ai pensé dans les circonstances auxquelles je ferai référence dans quelques instants et je tiens à être absolument honnête dans mes lettres. C'est pour cela aussi que, malgré tout, je ne vous donnerai pas du "Cher Jean-Jacques", ce qui serait bien hypocrite de ma part car vous ne m'êtes pas cher et vous savez très bien pourquoi (nous tairons ce regrettable incident remontant à mes lointaines études).

 

      Vous avez écrit, entre autres choses : "L'Homme est bon naturellement, mais c'est la société qui le corrompt". J'ai toujours trouvé cette phrase discutable mais c'est malheureusement celle qui s'est imposée à mon esprit alors que je faisais mes courses dans un supermarché bio récemment.

 

      Je flânais dans les rayons, entre les germes de soja et les paquets de farine d'épeautre, avec dans une main un sachet de chips au romarin garanti 100% vraie garrigue provençale française et dans l'autre une tablette de chocolat noir commerce équitable fourrée au quinoa. Je pensais au retour à la terre, au vrai goût du terroir, à l'agriculture sans pesticides, aux pommes de terre ramassées à la main par un père de famille de six enfants luttant pour son domaine et la sauvegarde de la vraie saveur des légumes. Bref, je me sentais en osmose avec la planète et prête à contribuer à son équilibre ancestral par l'achat de quelques produits onéreux, certes, mais cela en valait la peine et la couche d'ozone me le rendrait.

 

      Lorsque je suis passée à la caisse, j'ai jeté un regard complice au caissier, du genre "Vous et moi sommes des gens bien, nous contribuons à un monde plus sain et équilibré, nous faisons du bien à notre corps en sauvant la planète. C'est chouette!".  Il m'a rendu mon regard, nous étions, lui, moi et tous les gens qui faisaient la queue, dans une sorte d'harmonie béate. Il ne manquait plus que la musique d'Ushuaia Nature en fond sonore.

 

      C'est alors que je lui ai demandé un sac en plastique. Cruelle erreur!

 

      Aussitôt le regard du caissier a radicalement changé : il m'a regardée comme si j'étais une tueuse d'ours blancs, une pourfendeuse de bébés phoques, une conductrice de pelleteuse m'apprêtant à déforester l'Amazonie. Je sentais également des vagues de réprobation venir des autres clients : j'avais osé, en pur produit de la société de consommation, demander un sac en plastique dans un supermarché bio, oubliant du même coup la nature dévastée par la pollution, les dauphins étouffés, l'air vicié et le cancer.

 

      Je me suis sentie mauvaise, corrompue, misérable. Votre citation m'est revenue en tête, ajoutant à mon malaise. Je cherchais un moyen de creuser discrétement le sol du supermarché pour m'y enterrer vivante. Le rouge m'est monté aux joues.

 

      Mais tout à coup j'ai aperçu, dépassant de la poche du caissier, un paquet de cigarettes. Bio-man était fumeur!

 

      D'un coup, je me suis sentie beaucoup mieux! J'étais corrompue, certes, mais lui l'était aussi, et de belle manière! J'ai redressé la tête, j'ai déclaré d'un air dégagé "Ah, pardon! J'avais oublié!" et m'en suis allée comme une princesse...

 

      Les morales de cette histoire sont les suivantes : "Errare humanum est", certes, mais aussi "Fumare dangerous est"! (non mais!)

 

      Promis, je ne demanderai plus de sac en plastique dans les magasins bio!

 

      Recevez, Monsieur Rousseau, mes salutations froides mais néanmoins distinguées,

 

                                 Philomène.

 

                                                                                                                                                         

 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 10:00

     Très chère Jane,

 

     Je cherchais l'occasion idéale pour vous écrire, à vous que j'admire, que je révère, que j'adule, que j'idolâtre  (je continuerais bien dans ce sens, mais je viens de renverser ma tasse de chocolat sur mon dictionnaire de synonymes...). L'occasion en est toute trouvée en ce jour funeste : je viens d'apprendre la sinistre nouvelle des fiançailles du Prince William d'Angleterre...

 

     "Ô rage! ô désespoir! ô vieillesse ennemie! " Ah non, pardon, je me trompe de destinataire! Mais mon affliction n'en est pas moins grande...

 

     Je me sens comme Elinor Dashwood apprenant l'engagement secret de son cher Edward Ferrars, sans être capable de sa retenue héroïque ; comme Emma pensant que le beau Mr Knightley va épouser son amie Harriet ; comme Anne Elliot voyant le capitaine Wentworth faire une cour assidue aux demoiselles Musgrove ; j'avoue même, c'est dire, comprendre Mrs Bennet, croyant que la fortune de Mr Bingley va échapper à sa fille Jane...

 

     Voyez-vous, chère Jane, il est tout de même des choses immuables, que nous soyons au 19e ou au 21e siècle : il est toujours communément admis qu'un célibataire beau et riche doit forcément avoir le désir de se marier... Libération de la femme ou pas! Et le désarroi éprouvé à l'annonce de la nouvelle que c'est une autre qui a été choisie, s'il n'est pas exprimé de la même manière, est toujours bien présent...

 

     En d'autres termes, disons que le "Mon Dieu! Ce gentleman a annoncé publiquement son engagement avec l'aînée des demoiselles Smith, que faire? Y aurait-il dans le voisinage un autre fils de baronnet qui pourrait combler mes espérances matrimoniales et m'éviter de devenir vieille fille, de faire de la broderie au coin du feu toute ma vie durant, d'aller m'occuper des enfants d'une soeur moins malchanceuse que moi?" a été remplacé par un "C'est pas vrai, le Prince William se fiance, un mythe s'effondre! Sur qui allons-nous bien pouvoir rêver à présent?"

 

     Soyons donc lucides et réfléchissons ensemble, très chère Jane : quelles sont les solutions qui s'offrent à nous?

 

     Premièrement, nous joindre à la troupe nombreuse des aigries qui critiqueront la fiancée et sa robe le jour des noces ("Réellement! Je trouve choquant qu'il y ait si peu de satin!").

 

     Deuxièmement, envoyer héroïquement nos félicitations à Miss Middleton et à sa future belle-famille en or (^_^).

 

     Troisièmement, oublier toutes ces futiles considérations, relire vos romans, et apprendre à cuisiner des scones (finalement, n'est-ce pas ce que l'Angleterre a de meilleur?).

 

     Vous noterez que j'exclus volontairement le suicide.

 

     Je vous laisse deviner quelle solution je préfère et je vous salue, chère Miss Austen. J'espère avoir l'occasion de vous écrire à nouveau très bientôt,

 

                                         Philomène.

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 00:00

     Hello!

     Bien reçu ton sms.

     Suis trop honorée (LOL !!!).

     Ai kiffé le Père Goriot. CT trop bi1.

          A+

               Philo

 

 

 

Pardon, cher Honoré! Vous aurez aussi droit à une vraie lettre!

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 18:27

     Mon cher Duc,

 

     Je me permets de vous écrire afin de vous exprimer tout mon respect (vous aurez sans doute noté que je ne pousse pas la familiarité jusqu'à vous appeler par votre prénom, un duc tout de même!), mais également pour vous dire toute ma gratitude. Oui, vous l'ignorez encore, mais aujourd'hui même vous m'avez sauvé la vie!

 

     Je m'explique.

 

     Je suis rentrée tout à l'heure d'une journée morne et glaciale, avec une faim de loup. Que faire? L'heure du dîner était encore trop lointaine et ma conscience m'interdisait de me jeter avidement sur le premier gâteau venu (surtout que ce gâteau était garni de crème pâtissière et nappé de caramel), ni sur cette appétissante tablette de chocolat noir fourrée aux noisettes caramélisées...

 

     Animée par un esprit de renoncement proprement stoïcien, j'ai héroïquement décidé de détourner mon regard de ces objets de tentation et de nourrir mon esprit à défaut de mon estomac qui pouvait bien attendre un peu. Je me suis donc  plantée devant ma bibliothèque...

 

     J'ai écarté successivement Charlie et la Chocolaterie de Roald Dahl puis Le Dîner de Babette de Karen Blixen en me disant que mon héroïsme n'était tout de même pas si grand ; lorsque je me suis retrouvée avec le Banquet de Platon entre les mains, je me suis dis que j'étais maudite ; mais c'est face à Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis que j'ai craqué...

 

     J'ai attrapé le volume de ma bibliothèque qui me semblait le moins susceptible de contenir des réflexions gastronomiques ou des descriptions de festins interminables où des gens parlent tellement qu'ils ne pensent même pas à se nourrir : c'est comme cela que je me suis retrouvée avec vos Oeuvres Complètes entre les mains.

 

     Quelles ne furent pas ma surprise et ma joie d'y lire la réflexion suivante:

 

     "Aimez le chocolat à fond, sans complexe ni fausse honte, car rappelez-vous : sans un grain de folie, il n'est point d'homme raisonnable."

 

     J'ai relu plusieurs fois cette citation qui m'a parue pleine de bon sens, puis j'ai jeté un regard en coin à ma tablette de chocolat  qui semblait m'implorer avec de grands yeux humides en me disant "Mange-moi, mange-moi!".

 

     Ce que je fis!

 

     Merci, Monsieur de la Rochefoucauld!

 

     Avec un respect renouvelé, je vous salue.

 

                                                               Philomène.

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 16:06

          Cher François-René,

 

    C'est  curieux :  je n'aurais jamais pensé, en me lançant dans cette aventure épistolaire, que vous seriez mon premier destinataire! Mais le fait est que le climat de ces jours-ci n'est pas sans rappeler ce que vous avez évoqué...

 

    " L'automne me surprit au milieu de mes incertitudes : j'entrai avec ravissement dans le mois des tempêtes."

 

     Certes...

 

     Vous apprendrez sans doute avec surprise, mon cher François, que la petite Philomène est (du plus loin qu'elle s'en souvienne) fascinée par le mythe qui vous environne. Les remparts de Saint-Malo un jour de tempête sont pour elle un lieu à nul autre pareil, la contemplation des éléments déchaînés lui semble le summum des délices.

 

     J'ai donc décidé de sortir faire un tour et d'expérimenter toutes les sensations décrites dans vos ouvrages. Dûment mise en condition par une relecture de morceaux choisis (connaissez-vous le Lagarde et Michard?), équipée contre les éléments (bottes, imperméable, parapluie), je suis partie avec courage sur la plage la plus proche.

 

     Je marchai sur la grève, plongée dans mes pensées... songeant à vous, cher Maître, et me sentant pleinement en communion avec votre génie. Puis les choses se sont gâtées...

 

     D'abord, mon parapluie s'est envolé, emporté par une rafale.

 

     En courant pour le rattraper, je me suis approchée imprudemment de la mer : j'ai fait tomber dans l'eau mon Lagarde et Michard.

 

     Ensuite, une vague un peu violente a rempli mes bottes d'eau de mer.

 

     Lorsque je me suis assise sur la plage pour les vider, un coup de vent a projeté sur mon visage une gerbe de sable et de pluie mélangés.

 

     A côté, sur un gros rocher, se trouvaient trois mouettes qui me regardaient d'un air mesquin. J'ai honte de l'avouer, mais j'ai peur des mouettes.

 

     Alors que je pensais toucher le fond du désespoir, je me suis en réalité trouvée en proie à un fou-rire incoercible devant mon propre ridicule et l'absurdité de ma situation...

 

     Fin de l'aventure! J'ai le regret de vous informer, cher François-René, que je suis rapidement rentrée me sécher, boire un thé, et relire Astérix! Je crois que je suis décidément trop prosaïque pour ce genre d'expérience...

 

     Sans rancune! Vous avez toujours mon admiration la plus totale, mais Philomène n'est malheureusement pas une vraie romantique... Tout ce qu'elle a récolté, c'est un énorme rhume!

 

     Recevez bes salutations les plus respectueuses, bonsieur de Chateaubriand!

 

                                                                                                                                                            

  Philobède.

                                                                                                         

                                                                                                                                               

 

 

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